Ca y est, c’est terminé ! Les primaires sont passés au second plan de l’actualité et de nos angoisses. En tout cas pour cette fois-ci. Vous vous souvenez sans doute de mon premier papier sur le sujet et de mes craintes, pour ne pas dire de mes objections. Le pire ne s’est pas vérifié mais le produit que nous avons acheté n’était pas non plus celui qu’on nous avait alors vendu. En effet, les primaires telles que proposées par Terra Nova, devaient concerner TOUTE la gauche et pas seulement le PS. Ici, le PS a désigné son candidat en faisant voter au-delà de ses militants. On a bien eu le PRG dans l’affaire m’enfin, sans vouloir être blessant, c’était juste histoire de dire que ça « dépassait » le PS. Nominalement, oui ; concrètement, non.
Le PS a donc désigné son candidat en demandant à qui le voulait bien d’y participer. Et ceux qui le voulaient bien furent nombreux. C’est bien là le succès principal ; une véritable « éclipse de droite » comme le dit Daniel Schneidermann. Et ce sans problème organisationnel majeur, ce qui personnellement m’étonne le plus. Mais malgré ce succès mes craintes restent fondées, il y a tout de même eu des effets pervers et surtout, la victoire finale n’est pas certaine…
I Des risques toujours pendants
Je rappelais dans mon post précédent à quel point ces élections de désignation ouvertes exposaient le PS à la fourberie éventuelle de ses concurrents. On a tous entendus ces exemples de militants de droite allant voter pour Royal ou Montebourg afin de favoriser le candidat qui rassemblerait le moins au second tour. Ce fut marginal et pour tout dire, en assumant crânement leur malignité, ils ont fait plus de mal à l’UMP qu’au PS. Non, le risque, vérifié lui, vient des quasi militants très à gauche ou écolo qui sont allés voter à ces primaires en pensant ainsi choisir leur candidat du deuxième tour. Ils espéraient ainsi diminuer l’écart entre leur candidat de cœur du premier tour et celui que la modération née du suffrage universel aura sélectionné pour le second. Une amie a ainsi, avec la meilleure conscience du mondé, été voter aux primaires vertes et aux primaires socialistes. C’est à mon sens un dévoiement total de l’esprit des primaires. On doit choisir son candidat et par son candidat j’entends celui qui le sera du début à la fin !
Pensons aussi aux âmes esseulées de droite, peu confiantes dans la victoire de leur camp car la souhaitant peu elles-mêmes, allant voter à ces primaires afin de soutenir celui qui est le moins éloigné de leurs idée de ce que doit être et faire un président. Se sont présentés également divers anarchistes et fouteurs de merde trouvant là l’occasion de vérifier leur insignifiance en allant se noyer dans la masse des votants et ainsi participer à la réussite quantitative de ces primaires. Qu’ils en soient remerciés !
On en a pas parlé, dans un sens tant mieux, mais demeure au moins un problème moral majeur ; le financement de cette pré campagne. Si, et personnellement j’en suis convaincu, les lois sur le financement politique permettent à la démocratie de fonctionner (en donnant des moyens aux candidats) et empêchent les financements occultes, rien n’encadre le financement des primaires. On sait juste que les dépenses engagées risquaient de gêner la campagne officielle future car leur comptabilisation pouvait faire dépasser les plafonds de dépense. Mais rien sur l’origine des fonds ! Or, ceux qui ont fait campagne ont forcément puisés l’argent quelque part ! Qui a payé les hôtels, les tracts, les sonos, les salles, les billets d’avion ?? Or les enjeux ne sont pas moindres que pour l’élection officielle. Mais là, aucune surveillance… Et si un candidat souffre d’un manque de moyen l’handicapant sur ses adversaires, ne sera-t-il pas tenté d’aller « chercher » la monnaie ? Je pense qu’il y a là, dès aujourd’hui, un vrai risque.
II Un coût à payer
Et pas seulement celui des bulletins de vote ! Par ailleurs largement compensé par la contribution des votants et vu le montant (1€) on ne peut accuser le PS d’avoir rétabli le suffrage censitaire. Non, le vrai coût est politique. Déjà, intrinsèquement, l’existence d’une telle compétition indique que certains dirigeants s’estiment meilleurs que d’autres. Il est ensuite toujours délicat de « servir » celui qui l’emportera sur vous. Implicitement demeurera la question « mais comment pouvez-vous travailler loyalement pour quelqu’un que vous pensiez moins légitime que vous ? ». Mais bon, c’est également le propre de la démocratie en général et dans une certaine mesure on peut comprendre le légitimisme du perdant.
Mais une campagne électorale étant ce qu’elle est, le désir de vaincre peu amener certains débordements. Je pense notamment aux derniers jours de la campagne du second tour et aux accusations de « gauche molle » et de « candidat du système » qui laisseront des traces. Dès le lendemain l’UNI collait des tracts reprenant simplement ces propos ; phrase entre guillemets plus auteur. « Même ses amis disent qu’il n’est pas à la hauteur » est subliminale ment envoyé aux électeurs. Certes, globalement cela s’est, y compris sur cet aspect là, bien déroulé, mais l’absence de maîtrise d’Aubry est indéfendable.
Plus complexe est la recomposition des « camps » au sein du parti suite à cette primaire. Dans cette « élection » comme aux présidentielles, se présenter, c’est exister. Or, les alliances nées du dernier congrès (avec Hamon intégré à la direction nationale) et les calculs internes destinés à éviter la multiplication des candidatures, ont biaisés la représentativité des différents candidats par rapport au courants traversant le parti et encore plus la « gauche ». Ainsi, point « d’aile gauche » présente. Pas d’ex trotskiste, pas d’équivalent de l’ex gauche socialiste ou même d’Emmanuelli. Le porte parole du parti (Hamon) restant au garage, c’est donc Montebourg qui a porté l’étendard du flan gauche. Peu importe qu’il soit aussi plébéien qu’un aristo et qu’il ait politiquement, un jour, soutenu toutes les tendances du parti de Fabius à Mélenchon. Sa tchatche et sa rhétorique creuse autour du thème démago protectionniste de la « dé mondialisation » a rassemblé notamment les anxieux du libre échangisme mondial. Mécaniquement, même au second tour, un clivage totalement artificiel entre « gauche molle/gauche dur s’est institué ». Mais ce fractionnement n’a pas permis, contrairement à un congrès, de compter les tendances. Ces primaires ont troublé les contours des différentes sensibilités au sein du parti et les plus disciplinés, comme Hamon, on vu leur sens de responsabilités récompensé par la dépossession de la tendance qu’ils incarnaient... On ne sait combien pèse l’aile gauche ni qui la porte. C'est-à-dire qu’une future majorité gouvernementale s’établirait surtout à partir d’individus et leur « visibilité personnelle » que du poids politique de leurs « idéologie ». C’est tout l’inconvénient d’une élection casting contre une élection congrès.
III Ce n’est pas encore gagné
Perdre en 2012 serait inexcusable à la Gauche. Mais ce n’est pourtant pas gagné. Hollande était déjà mon candidat ; dès la finalisation de la liste des concurrents et bien avant le burning de DSK. Petite précision sur ce dernier ; il incarnait (oui, j’en parle au passé) le mieux mes idées mais lors de ma phase « politique active » j’ai été gêné par les échos se propageant –déjà- sur ses rapports avec les femmes. Surtout, j’ai été dissuadé de rentrer dans son clan vu la faible confiance que j’avais (euphémisme) en la moralité de ceux qui constituaient son entourage.
Mais tout heureux que j’ai été (ou plutôt soulagé) des résultats de ces primaires, je suis toujours circonspect sur la personnalité de François Hollande. Ainsi, je suis un peu inquiet de ce début de campagne ; nous y reviendrons. Surtout, ces primaires, c’était pour la principale vertu qui en était attendue, n’ont en rien réglée le problème de l’éparpillement des candidatures à gauche comme l’atteste le comportement actuel de Chevènement. Rajoutons que Sarkozy n’est pas un amateur et que la mise en scène de son « pouvoir international » est certes vulgaire mais visiblement efficace.
Apparaît surtout un hiatus avec la perdante qu’est Martine Aubry et qui tient à garder la main sur le parti. Le programme du PS (voté par une poignée de militants classiques) et ce que le candidat voudra, ou plutôt pourra, faire sera sans doute divergeant. Est-ce que la 1ere secrétaire va se comporter en gardienne du temple ? En tout cas le pire cas de figure serait le diumvira qui se profile. Or, pour bien illustrer sa « présidentialité », le candidat doit montrer qu’il peut, voire qu’il veut, diriger seul. Il ne doit pas se montrer rétif à l’usage de son pouvoir. Quels que soient les discours consensuels sur la démocratie, le peuple attend de son dirigeant cette capacité à décider seul et à ne rendre compte qu’à sa conscience et à l’histoire. Certainement pas à un aéropage d’apparatchiks.
A la prochaine pour la chronique personnelle de cette campagne avec sans doute quelque chose sur les Verts, la dé légitimation de Hollande par la moquerie et la crise de la dette.